Qu’est-ce que l’émail en céramique

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On s’imagine souvent qu’on ajoute la couleur d’un pot fait en céramique comme on peindrait un tableau : on trempe son pinceau dans la peinture, on l’applique sur le pot, on on vernit le pot pour lui donner un aspect lustré, puis on met le pot au four pour le cuir…

La réalité est bien différente !

La peinture, puis un vernis classique par-dessus ne pourraient en effet jamais supporter la température à laquelle il faut cuire une céramique de faïence, de porcelaine ou de grès pour la rendre solide, c’est à dire au moins 900°C ! Les deux s’évaporeraient et ne laisseraient aucune trace !

Il existe une façon de colorer un pot qui s’approche de l’application d’une peinture : quand on fait de la décoration à l’engobe. C’est en fait une terre rendue liquide grâce à mélange à de l’eau, et à laquelle on a ajouté un oxyde colorant (fer, cobalt, cuivre, etc.). Mais les couleurs ajoutées de cette façon seront très limitées, assez ternes, et garderont un aspect mat. Elles ne permettront pas non plus à la poterie d’être imperméable à l’eau, ce qui sera un problème notamment pour la faïence, qui naturellement n’est pas imperméable à l’eau une fois cuite.

L’émail, qu’on peut également appeler parfois « glaçure », (mot qui nous vient de l’allemand), est donc au pot ce que la peinture est à la toile.

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L’émail est composé d’oxydes de matériaux, comme des roches, ou des métaux. C’est à dire que ces matériaux sont associés à de l’oxygène pour être à l’état oxydé. Visualisez par exemple du cuivre : c’est un métal orange. Mais il vire parfois au vert : les statues dans les villes ont souvent cette couleur de métal vert : c’est parce qu’à force d’être en contact avec l’oxygène de l’air, le cuivre s’est oxydé.

Mais quel que soit le matériau choisi, les poudres du matériau restent toujours blanches. Pour la même raison que la glace, qui a une couleur transparente / bleutée, devient blanche quand on la pile, créant ainsi de la neige. Un élément réduit en poudre très fine ne peut plus refléter la lumière, et donc perd de sa couleur.

Donc l’émail, constitué de poudres d’oxydes que l’on mélange avec de l’eau, a un aspect blanc quand on l’applique sur un pot. Ce n’est que lors de la cuisson, quand l’émail va fondre à une température très élevée, souvent entre 1260 et 1300°C, puis se solidifier au refroidissement, qu’une couleur apparaît, en même temps qu’un aspect glaçé, lisse, qui va rendre la céramique imperméable (indispensable quand on souhaite fabriquer de la vaisselle !).

Les céramistes ou potiers (deux noms équivalents pour désigner un même métier) doivent donc faire face à une difficulté particulière : « peindre » leurs pots sans voir les véritables couleurs qui apparaîtront après cuisson. Ils doivent donc mémoriser les couleurs, et les imaginer à l’avance.

Mais là n’est pas la seule difficulté.

Lorsque l’émail fond, il peut se mettre à couler, et créer des gouttes qui déformeraient un dessin.

Cela peut cependant être un avantage si on sait le préparer à l’avance : on peut projeter l’émail au pistolet à émail, faire des superpositions d’émaux différents, et provoquer un « accident maîtrisé », qui permet d’obtenir des effets très beaux, impossibles à obtenir à la main.

Ainsi, un potier qui a su se former en chimie de l’émail en prenant des cours dans une école professionnelle, ou en prenant des cours comme il en existe en ligne à présent, comme sur le site de l’école de céramique Créamik, sont capables, grâce à un processus de recherche assez complexe, de trouver des recettes d’émaux qui permettent des textures et de matières totalement uniques et qu’il est impossible de reproduire au pinceau.