Ce texte qui doit encore passer devant le sénat est assez différent du texte du projet de loi qui avait circulé en avril et dont Manice avait proposé une synthèse.
Voici donc une synthèse du nouveau texte de loi (qui peut être consulté dans son intégralité sur le site du CNC). Certains passages de ce texte sont interprétés (notamment ceux consacrés aux modalités de contribution des distributeurs).
Qui doit contribuer au financement du passage au numérique des salles ?
Les distributeurs d’œuvres cinématographiques de longue durée inédites en salles, de publicités et de « documents audiovisuels ou multimédia » (comme les jeux vidéo,) doivent payer des contributions pour financer l’équipement des salles à partir du moment où ces programmes sont diffusés sous forme numérique. S’y ajoutent les personnes qui louent les salles de cinéma dès lors que cette location implique l’utilisation des équipements de projection numérique.
Les bandes-annonces de films sont exemptées de contributions. Les courts-métrages peuvent peut-être y échapper aussi : ils ne sont pas exclus nommément mais il paraît difficile de les classer dans la catégorie des documents audiovisuels.
Comment sont payées les contributions ?
Les distributeurs peuvent les payer directement aux exploitants ou les leur verser par l’intermédiaire d’un tiers opérateur.
Des exploitants peuvent se regrouper pour collecter les contributions des distributeurs.
Méthode de calcul des contributions
Longs-métrages inédits : durant les deux semaines qui suivent la date de sortie nationale d’un film, le distributeur doit payer autant de contributions qu’il y a d’écrans qui diffusent le fichier numérique de son film (si deux salles d’un même établissement diffusent simultanément le fichier, le distributeur doit payer deux contributions).
Passé les deux premières semaines, le distributeur n’a plus à payer de contribution sauf s’il élargit son plan de sortie : supposons qu’un total de 100 écrans aient projeté le film durant la première quinzaine. Si le plan de diffusion passe à 130 écrans en troisième semaine, le distributeur doit payer 130 contributions à moins que le plan de sortie s’élargisse encore à l’issue de la troisième semaine. Dans ce cas, ce sera la semaine durant laquelle la diffusion est la plus large qui sera retenue pour calculer le nombre de contributions dues par le distributeur.
Autres programmes et location de salles : les distributeurs de publicités et de documents audiovisuels ou multimédia paient une contribution à chaque projection ; et les personnes qui louent une salle paient une contribution à chaque location.
Montant des contributions
« le montant de la contribution [...] est négocié entre les parties à des conditions équitables, transparentes et objectives ». Il doit notamment rester inférieur à la différence entre le prix d’une copie 35mm et le prix d’une copie numérique.
Durée des contributions
Le versement des contributions cesse une fois que les coûts du passage au numérique sont amortis (la loi ne définit pas précisément quels coûts doivent être pris en compte).
Toutes les ressources mobilisées pour financer la conversion (aides publiques, fonds de soutien,...) doivent être prises en compte pour calculer l’amortissement.
La durée de contribution ne peut dépasser 10 ans à compter de l’installation des équipements dans une salle. Plus aucune contribution ne peut être exigée après le 31 décembre 2021, quel que soit l’état de l’amortissement des investissements à cette date.
Les contrats passés entre exploitants et distributeurs - par l’intermédiaire d’un tiers opérateur éventuellement - pour fixer les modalités de versement des contributions doivent notamment préciser comment les exploitants vont rendre compte aux distributeurs de l’état de l’amortissement de leurs coûts de passage au numérique.
Encadrement du système des contributions numériques
Serait nulle et non avenue toute clause figurant dans un contrat entre exploitant et distributeur relatif à ces contributions qui établirait un lien quelconque entre le niveau de celles-ci et l’accès aux films ou les conditions de partage des recettes des salles.
Les contrats relatifs au financement des équipements numériques des salles et au versement des contributions des distributeurs doivent être transmis au CNC. Le président du CNC peut réunir un comité de concertation professionnelle pour élaborer des "recommandations de bonne pratique" à l’intention des professionnels.
En cas de litige sur ces contributions, le médiateur du cinéma peut être saisi.
Contreparties au versement des aides publiques
Une aide publique au financement du passage au numérique d’une salle ne peut être versée sans que l’exploitant prenne des engagements en matière de programmation. |